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Layrac et son histoire

par Robert Mosnier, Psychiatre, ancien délégué du Souvenir Napoléonien en Midi-Pyrénées, membre de l’Académie du Languedoc

A l'ombre du clocher protégé par la Vierge de l'Assomption et foulant aux pieds le serpent de l'Apocalypse, notre village s'étire tout au long des deux routes principales Bondigoux Mirepoix et La Magdelaine Montvalen.

 C'est un village carrefour, à l'aspect cruciforme, traversé par un ruisseau le Crève-Corps célèbre par ses débordements dont le dernier remonte à juin 1993.

 Ajoutons à cela les hameaux qui complètent le bourg, fermes pittoresques aux toits pentus qui épousent le vallonnement des coteaux, douces inclinaisons qui révèlent un climat tempéré et ne rompent pas l'harmonie des lieux.

 Il ne faut que quelques secondes pour traverser le village, la vie moderne trépidante laisse une impression fugitive aux voyageurs pressés qui ralentissent à peine.

 Laissons-nous baigner par son atmosphère, la convivialité de ses habitants, ses beautés cachées et son histoire plus que millénaire.

 L'eau, le Tarn, la plaine aux riches alluvions et les coteaux boisés qui au cours des milliers d'années de la préhistoire passent des grandes glaciations aux chaleurs tropicales. Tel en est le site propice à la vie.

 Dès le paléolithique la riche faune et flore attirent l'homme, chasseur, cueilleur et prédateur qui a laissé des traces, les outils bifaces, les ciseaux pour couper la viande, les cornes d'os, harpons pour la pêche.

Le fleuve capricieux qui change de lit et nous laisse des étangs poissonneux, des réserves ornithologiques et les oiseaux migrateurs et les gravières longtemps exploitées complètent l'ensemble. Ce contraste ordonne le tracé des champs, le jaune d'or des tournesols, les épis blonds de maïs, le vert des légumineuses et celui plus clair des prairies. Contraste de couleurs, paix de l'âme qui incite aux randonnées sur les coteaux.

 L'espace et le temps modèlent nos mentalités. Mi-coteaux mi-plaines sous un ciel ardent d'été, brumeux l'automne, piquant l'hiver, resplendissant de couleurs au printemps. Layrac c'est la longue durée des saisons où labours et semailles précèdent les moissons même si aujourd'hui la mécanique a remplacé les battages, les vendanges d'antan.

Revenons sur les traces de notre mémoire, explorons les sources écrites, les sites mais auparavant que reste-t-il des bâtiments du Moyen-âge à nos jours et que nous révèlent-ils?

L'église

Sous le Second Empire 1852-1870, l'état centralisateur imposait au sud de la Loire de reconstruire les églises sur un mode néo-roman, au nord le néo-gothique prévalait.

L'église primitive avait un clocher en forme de lyre. Une belle gravure de Monsieur Teysseyre nous laisse deviner le bâtiment de plan quadrangulaire à l'élégance de la façade, l'assise nous paraît un peu lourde mais imposante. Il n'en reste qu'un pan de mur attenant au presbytère.

En forme de croix latine avec deux chapelles latérales dédiées à la Vierge et Saint Joseph, l'église est sous le vocable de Saint Blaise, apôtre thaumaturge qui guérit aussi bien les hommes que les animaux, il est invoqué pour les maux de gorge. Sa reconstruction s'opère entre 1849 et 1854.

Elle est remarquable par ses fresques du chœur rappelant les quatre évangélistes entourant le Christ bénissant. Elle comporte une nef unique faite de trois travées.

Le Père Teysseyre décrit l'atmosphère qui étreint le visiteur lors de la visite. Le chevet sans ouverture imprime par son aspect sombre une émotion propice à la méditation, au recueillement. L'œil s'habitue, s'accommode et découvre les trésors d'art sacré, peintures, mobiliers. On y entre par un porche voûté surmonté d'un vitrail avec Saint Louis rappelant que son frère Alphonse de Poitiers donna le statut de bastide au village primitif.

Tout autour la cité des morts, vibre à l'unisson des vivants et les allées parfaitement entretenues, les tombes fleuries traduisent l'amour de nos campagnes pour leurs aïeux.

Un Christ de mission car il fallait au XIXe siècle revitaliser les campagnes déchristianisées par la Révolution et une vierge promettant cent jours d'indulgence, c'est-à-dire, le rachat partiel de nos péchés veillent et accompagnent les villageois.

De quelqu'endroit où l'on se trouve, l'église trône tel un paquebot amarré résistant aux intempéries. L'angélus rythme encore de nos jours les travaux des champs...

A ses pieds s'étage le village, quelques maisons remarquables sont à signaler soit par leur ancienneté, soit par le pittoresque de leur construction rappelant l'inventivité des maîtres maçons.

Une maison du XVIIe siècle à corondage, pans de bois, encadrant des rangées de briques mérite l'attention.

La mairie s'inspire du style art déco. Sur la route de Bondigoux, la maison Calmettes datant de la fin du XIXe siècle possède une jolie façade à fronton triangulaire complétée par des avancées en forme de quart de tour est précédée par un jardin de buis.

Une ferme à l'ancienne restaurée par la famille Teyssere est sauvée de l'oubli et de la destruction, un hangar à ciel ouvert.

Et que dire de ces pigeonniers du hameau des Grindes et leurs émaux pour empêcher les rapaces de s'accrocher et manger les œufs et les pigeonneaux disparaisssent peu à peu.

A la croisée des routes près de l'emplacement de l'ancienne bascule a été placée une croix concordataire avec ses attributs de la Passion, elle nous rappelle la paix religieuse voulue et établie par Bonaparte à l'issue des dix ans de la Révolution (1802). Elle côtoie cette initiative heureuse de la municipalité d'honorer le troisième millénaire par l'arbre originaire de Chine aux cent écus le Ginkgo Biloba.

En face la biscuiterie de la famille Alvarez qui fabriquait les champignons pour les bûches de Noël.

Le contemporain est bien représenté. La maison des Bonnet est une construction originale, mélange de Renaissance revu à l'aube de la modernité, celle des Belot a su s'imprégner d'un recours à l'ancien, ce pigeonnier à deux pentes.

Que dire de ces maisons de bois aux toits envahis de panneaux photovoltaïques, ecosensibles révélant l'inventivité de leurs propriétaires soucieux du climat et respectueux de l'environnement.

Pour être complet, il faut évoquer le château et ses dépendances. Vaste bâtisse au plan quadrangulaire avec un retour en équerre de deux tours carrées, le château d'époque Empire a fière allure dans son parc aux arbres centenaires. Deux lévriers de la manufacture toulousaine Virebent accueillie le visiteur dans un cadre de verdure. C'était la demeure estivale du baron de Felzins, une famille toulousaine de parlementaires enrichis dont l'hôtel particulier demeure à Toulouse, rue de la Dalbade.

En face dans un arc de cercle baigné par le Crève Corps se dresse à l'orée du coteau, une maison d'époque Directoire (1799), la façade est décorée d'une de frise de palmettes et rosaces, surmontée d'acrotères. Ces terres cuites voulaient donner aux familles des bâtisseurs un air de prospérité et de respectabilité. C'est la maison Jaur dont le fils unique fut comme bien d'autres familles de Layrac enlevé par la tuerie de la Grande Guerre.

L'on ne saurait être complet si l'on ne terminait pas par cet effort de la population de Layrac encouragé par le maire de Villemur, Léon Eeckhoutte de faire bâtir dans les années 80 cette salle omnisports et des fêtes qui abritait les équipes de volley et qui est aujourd'hui le lieu des réjouissances.

Revenons à l'histoire de Layrac.

La période romaine 52-476

Layrac, la villa d'Hilarius, le suffixe ''acum'' désigne une villa gallo-romaine. Au lieu-dit l'Escalère, les labours remontent outre un outillage lithique, des fragments de poterie, des tuiles imbrices et tegulae d'époque romaine, permettent de situer sur ce site la villa antique ce d'autant que des sondages plus que des fouilles instituées par Monsieur Labouysse ont découvert l'existence d'un port romain avec entrepôts, décharges sur les rives de La Magdelaine, juste en face près de l'actuel pont et peut-être en contrebas du fleuve.

Hilarius a donné Hilaire, le nom renvoie à hilarité, joie. Qu'en était-il réellement?

L'arrivée des Vandales en 406-407 détruit cet important établissement agricole où les produits et l'industrie de Montans, céramiques sigillées transitaient par notre port primitif avant de gagner par Burdigala (Bordeaux) l'Europe.

Une villa n'est pas une exploitation seulement agricole, c'est une entreprise artisanale, industrielle au profit d'une riche famille entourée de sa clientèle prouvant sa magnificence; L'on distinguait l'habitation du maître et les dépendances attenantes.

Celle-ci, Villa Rustica comportait un nymphée avec ses piscines, un portique entourant un jardin et l'habitation proprement dite autour de l'atrium recevant dans un bassin les eaux de pluie et commandant à la disposition des pièces, le gynécée le domaine des femmes de celles réserver aux hommes. Le pavement était fait de mosaïque ou en marbre peint.

Les premières invasions autour de 250 après Jésus Christ amenèrent les villes à se resserrer et à construire des remparts et permirent l'éclosion des villas.

Au quatrième siècle, elles étaient menacées par les bagaudes, paysans insoumis qui convoitaient ces riches terres et leurs biens.

Au cinquième siècle elles allaient peu à peu disparaître, brûlées par les Alains etles Vandales, peuples germaniques ou turques.

On cultivait des céréales, des pois, des fèves, il y avait des réserves d'huîtres apportées par des chevaucheurs sur ces routes empierrées remarquablement entretenues avant que ne s'abat ce temps obscur du Haut Moyen-Age (joindre Layrac et le Haut Moyen-Age (476-1453)

Du IIIe au Xe siècle, les grandes invasions détruisent l'empire romain, seule subsiste la chrétienté, le pouvoir des évêques, les nombreux ermitages à l'origine des monastères, lieux d'implantation dont dérivent dans nos régions au XIe siècle les sauvetés.

Ce sont les temps obscurs du Haut Moyen-Age, le papyrus après la conquête arabe de l'Egypte disparaît, le parchemin devient rare et l'Europe se renferme, s'isole, de brillantes civilisations chinoises, arabes, indiennes brillent de leurs feux. L'empire tente une nouvelle renaissance sous Charlemagne et Louis le Pieux mais les incursions hongroises, arabes et normandes apportent à nouveau désolation, épidémies et famines. Seule l'archéologie en l'absence de documents écrits permet de tenter une analyse ponctuée de multiples points d'interrogation.

Et Layrac me direz-vous? La voie fluviale autorise un habitat dispersé en proie aux brigandages. Masures faites de terre et de pisé aux toits de chaume abritant dans le même espace contigu hommes et animaux.

Mais le renouveau en ce XIe siècle apparaît. La France se couvre d'un blanc manteau d'églises, l'art roman éclot, la féodalité où les humbles au prix de servitudes achètent une paix relative et une sécurité au détriment de la liberté apporte un nouvel élan de prospérité.

Et Layrac, le village naît au XIe siècle, peut-être avant. L'on s'imagine un donjon de bois entouré de palissades sur la colline où se trouve l'église. A ses pieds délimité par le Crève-Corps quelques misérables huttes ou cabanes. Les moines convers de l'abbaye de Saint Sernin venus exploiter les champs donnés par un certain Isarn Dalaisa mettent en valeur les terres.

C'est la mention du premier acte concernant ''De Alayraco'. Les revenus, les bénéfices servaient à l'infirmerie de Saint Sernin, l'accueil des pèlerins, des malades et de pauvres. l

Le cartulaire, ensemble de chartes traitant des biens temporels et spirituels de l'abbaye, des droits féodaux et des redevances inhérentes évoque notre village.

Un don, une exploitation et un peuplement qui avec le recul des guerres féodales, l'institution de la Paix de Dieu, de la trêve de Dieu permettent l'expansion de notre village jusqu'au jour où celui-ci dans les derniers mois de la vie d'Alphonse de Poitiers, Frère de Saint -Louis et de son épouse Jeanne, de la dynastie des Comtes de Toulouse Layrac est érigée en bastide ( novembre 1271).

Ce n'est pas rien, les habitants s'administrent par eux-mêmes, les hommes sont libres, francs de toute servitude, les femmes ont des droits, elles peuvent tester, gérer certains biens.

Est-ce à partir de cela que le layracois, fiers de leur ancienneté regardaient avec condescendance les localités voisines dépendantes, La Magdelaine, anciennement Leus, se rattache sur le plan religieux à notre village Bondigoux et Lobaressse, simples succursales de Villemur.

Fierté et goût pour la liberté bien avant 1789, mais il faut cependant s'acquitter des impôts seigneuriaux, royaux et ecclésiastiques, la dîme payée pour l'essentiel au chapitre de Saint Sernin.

Les Temps Modernes

L'étude du compoix, ancêtre du cadastre permettant le recouvrement de l'impôt foncier, la taille, ne révèle pas de terres nobles mais plusieurs familles nobles y ont bénéficié de droits les Chambon de Labarthe, Tauriac et les Clarac. L'abbaye de Conques y avait aussi certains biens.

Le blason est parlant. Saint Saturnin (Sernin) et sa palme de martyre le ''biau'', le taureau et son licol détaché rappellent l'allégeance à l'abbaye.

La croix de Languedoc signifie Occitanie,les lis se rapportent à la famille capétienne, Alphonse de Poitiers.

Les deux losanges représentent terres ou maisons nobles! (Christian Cau).

Jusqu'à la Révolution, deux consuls assistés de notables prêtent serment devant le Syndic, le représentant du vicomte de Villemur. Ils sont assistés d'un sergent destiné à faire respecter l'ordre, ancêtre de notre garde champêtre.

Des percepteurs, choisis ou désignés responsables sur leurs propres biens recouvrent les impôts alors que pour les moissons et les vendanges, les gerbes et les grappes dévolues aux biens de l'église sont séparés et engrangés dans le tinel du presbytère.

Layrac va subir les vicissitudes de la Guerre de Cent Ans (1337-1453), les épidémies meurtrières de la peste et autres infections avec alternance de famines. L'on ne vit pas vieux (30 à 50 ans) la moitié des enfants meurent avant l'âge de dix ans, les femmes décèdent souvent des suites de couches ou prématurément vieillies courbées sous le fardeau.

Les guerres civiles entre les différentes factions politiques et religieuses n'épargnent pas Layrac. La vicomté sous Jeanne d'Albret, mère d'Henri IV se convertit au protestantisme, les catholiques fuient mais les paysans dans leur majorité restent fidèles au culte de leurs ancêtres.

1568 Les huguenots s'emparent de Layrac...

1592, Layrac connaît les chevauchées et destructions de l'armée de la Ligue venue assiéger Villemur. Ils seront défaits, leur chef Antoine Scipion de Joyeuse périt noyé et l'armée en déroute reflue, traverse notre village pour gagner Bessières, ville catholique dans un environnement protestant.

Le XVIIIe siècle voit l'éloignement des guerres et des épidémies, les temps sont durs mais les mariages plus tardifs exposent moins les femmes dans leur maternité. Les progrès de l'agriculture et surtout l'apparition du maïs ou bled d'Espagne améliorent l'alimentation.

Les prairies artificielles, trèfle, luzerne n'apparaitront qu'au début du XIXe siècle.

L' Epoque Contemporaine

La Révolution et l'Empire (1789-1815)

La bastide de Layrac a participé à l'élaboration des cahiers de doléances en vue des Etats Généraux convoqués à Versailles le 5 mai 1789. La revendication du Tiers État consistait en une équité fiscale, l'impôt payé par tous, la suppression de la dîme et une justice plus proche et moins onéreuse. Ajoutez à cela les droits de pêche et de chasse.

Après une année, 1788-1789, de disette les esprits étaient remontés, la population attendait un changement et des réformes profondes, l'état avait fait banqueroute, il fallait une justice et une fiscalité nouvelle et l'on espérait de la bonté du roi une abolition des privilèges.

La prise de la Bastille se prolongeait dans nos campagnes, d'informations fausses, des brigands alliés à l'Angleterre et aux nobles allaient renverser les mesures établies par l'Assemblée Nationale issue des États Généraux, la grande peur s'installe, juillet 1789.

Le tocsin sonne à Layrac comme à Bondigoux, sollicitant les milices devenues Garde Nationale pour s'opposer à tout retour en arrière. La population armée de faux, de haches et de piques se rend à Villemur. L'abolition des privilèges le 4 août calme les esprits.

L'on sait aujourd'hui que c'est le parti d'Orléans de ce cousin, futur régicide de Louis XVI qui propagea la calomnie. Il fut plus tard victime de la Terreur mais son fils Louis Philippe Ier régna (1830-1848) sur la France.

Ce que l'on sait de la Révolution à Layrac, c'est l'attachement de la population à ses prêtres réfractaires à la Constitution civile du clergé dénoncée par le pape Pie VI et la persécution de ces derniers, le prêtre Viguier et un de ses parents protégés par les Teysseyre de l'Escalère en furent victimes.

Écoutons Jeannette Lagarde : le récit d'arrestation des deux prêtres réfractaires se trouve à la mairie dans un recueil vert ou j'avais complété et compilé divers documents dont le cadastre napoléonien 1812, je l'ai confié à Martine Raynaud.

 "En 1799 un certain Bonaparte refermait par un coup d'état les dix ans de la Révolution. Il recherchait paix civile et paix religieuse. Le Concordat est signé en 1801-1802. Cette belle croix en fer forgé au carrefour en témoigne.

Mais l'Empire c'est aussi la Conscription, le départ pour la guerre, l'enlèvement des jeunes gens à leur sol, la perte de bras dans une campagne qui n'est pas mécanisée, les familles endeuillées et plus tard le Blocus Continental (1808) qui détruit le commerce. Ajoutons à cela cette guerre impopulaire d'Espagne, dévoreuse d'hommes et la Grande Armée qui disparaît en Russie. La population protège les insoumis que la maréchaussée recherche, le préfet se défend de tout accommodement mais les esprits qui avaient considéré l'Empire comme la paix et prospérité recouvrées se retournent contre le dévoreur d'hommes.

L'Europe des rois est toute puissante dans une Sainte Alliance au Congrès de Vienne, les têtes couronnées décident de se soutenir et condamnent les idées libérales, l'aspiration des nations à se gouverner elles-mêmes et s'entendent pour réprimer toute révolution.

Nous sommes en 1814, la campagne de France ne se cantonne pas à la Champagne, la Picardie et la région lyonnaise, les troupes du marquis de Wellington anglo-hispano-portugaises pénètrent dans le territoire français et le 10 avril 1814 la bataille de Toulouse clôt vingt quatre années de guerre.

On craignait l'état d'esprit des habitants. Ils accueillent les étrangers comme des libérateurs. Il faut les comprendre, nos aïeux redoutaient des destructions massives. Wellington condamne les vols, les excès de ses troupes. Il paie ce qu'il achète avec de l'argent non dévalué, bestiaux et nourriture. Devant Montauban en état de siège, nos paysans supplient la population de reconnaître le bon roi Louis XVIII frère du défunt Louis XVI."

De la Restauration au Second Empire

Sous la Restauration 1814-1830 l'alliance du trône et de l'autel tente de reconquérir les âmes, les missions s'étagent au long de ce siècle.

La paix et la prospérité reviennent dans nos campagnes avec une amélioration des races ovines puis bovines, les prairies artificielles, la pomme de terre, les légumineuses. Sous le Second Empire 1852-1870 un début timide de mécanisation verra le jour.

 Et la condition de nos aïeux, elle s'améliore timidement, le service militaire avec tirage au sort puis à la fin du XIXe siècle pour tous voit les jeunes gens quitter leur village et connaître d'autres cieux avant de se marier, de se réinstaller. Car si l'on va au marché hebdomadaire ou à la foire aux bestiaux dans le chef-lieu de canton à Villemur ''l'expédition à Toulouse'' est rare. On se déplace en diligence et en coche d'eau mais l'on reste prudemment à l'ombre de son clocher. Les patois, les coutumes sont innombrables et la langue administrative de Paris, le français n'est pas répandu. L'instruction est rare malgré la loi Guizot 1834 établissant une école communale de garçons, les enfants sont dans les champs participent jusqu'au milieu du XXe siècle aux travaux de la ferme, l'analphabétisme demeure. Les mariages sont endogamiques, c'est-à-dire, se font dans le même village ou le village voisin. Les prénoms usuels ne sont pas ceux du baptême mais en raison de crainte de sorcellerie un second prénom plus rarement un autre inventé.

Pour autant le monde change, 18 000 kms de ligne de chemin de fer existent en 1870, les infrastructures routières et les canaux se développent, les transports réduisent l'espace et le temps. En 1857 il ne faut plus qu'une journée au lieu de quatre ou cinq pour aller de Toulouse à Paris.

Le début de la IIIe République

Layrac voit le train arriver de l'autre côté du Tarn, à La Magdelaine. C'est la ligne Montauban-Castres (1878) à Saint Sulpice un changement permet de se rendre dans la capitale régionale. Villemur est à moins d'un quart d'heure.

La ligne de voyageurs sera interrompue en 1938, le fret persiste jusque dans les années 1970, l'autocar plus rapide, enfin la voiture remplacent les carrioles, phaétons, coupés, hippomobiles qui disparaissent dans les années cinquante.

L'entre-deux guerres sera marqué par l'arrivée de la fée électricité parcimonieusement une seule ampoule que l'on éteint très vite en raison du coût éclaire mieux que les lampes à pétrole, à gaz ou la bougie.

Les routes s'améliorent, les ponts apparaissent. Sous l'Ancien Régime les traversées se faisaient par bac, un pont à Buzet, un autre à Montauban suffisaient. Le premier pont de Layrac date de la fin du XIXe siècle, il sera emporté par la crue de 1930.

Le XXe siècle

Le plus sanglant de notre histoire est celui des guerres, de la décolonisation et des avancées scientfiques techniques et technologiques.

Layrac y a pris sa part, le Monument aux Morts consacre le sacrifice de ses enfants à la défense du territoire et au recouvrement de la liberté.

Layrac au temps de la Grande Guerre plus les envois de Monsieur Calmettes concernant Casimir Roques.

Carte postale de Joseph Esquié à son épouse Maria

 

 

Le 6 mai 1915

"Ma chère Maria

Je suis aux tranchées depuis cette nuit dans le secteur d'Arras, je crois qu'il va se passer quelque chose nous sommes dans un village qui est bombardé continuellement, on se met dans les caves, ma santé va bien encore ça tiendra tant que ça pourra et puis on verra bien. Peut-être je verrai J.M. ici ils ne sont pas loins. Reçois de ma meilleure amitié, mille baisers affectueux. Bon courage toujours et la fin arrivera."

 

Commentaire :

L'année 1915 fut terrible, un déluge de feu s'abat sur l'Artois et la Champagne. Le général Joffre réplique à ceux qui s'étonnent du peu de progrès des offensives ''Je les grignote''. Quelques kilomètres parfois repris et des milliers d'hommes morts. Joseph Esquié se trouve dans l'enfer des tranchées mais garde espoir. Ses lettres témoignent de son attachement à sa terre natale, de son amour envers son épouse Maria et du petit qu'il ne connaîtra pas son père car il devait disparaître ainsi que son frère; le monument aux morts porte leurs deux noms.

 Avec l'aimable autorisation de son petit neveu Christian Brégail.

 

"Ma bien aimée, encore une fois, je t'envoie une carte et je suis toujours sans nouvelles; comme mes copins, je puis te dire que l'on s'aime sans lettre et la neige qui tombe ici, aussi. Je suis dans la Meurthe ux et Moselle, près de l'Alzace ou de gens beaucoup plus aimables que dans l'Artois. En attendant des nouvelles, bonne santée et un gros baiser au petit Jean, en attendant de se voir, reçois ma bien aimée un gros baiser...

De ton Chéri bien aimé Esquié." (sic)

 

1940
Les Personnalités

Un maire, agriculteur, connu pour son extrême bonté, son dévouement au profit de tous, reste dans la mémoire des Layracois. Il s'agit de Léon Teysseyre qui sera fait chevalier de la Légion d'Honneur.

Pendant plus de trente ans, il administre le village, panse les plaies de ses habitants, veille sur les veuves et les orphelins et obtient réparation.

Il faut lui joindre un de ses contemporains né en 1878 Jean Amat, médecin de campagne, député-maire de Bessières en même temps que Vincent Auriol et Albert Bedouce (1928-1934).

Plus près de nous repose celui qui fut secrétaire général de la mairie de Paris, Monsieur Lacaze,

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vibrant hommage lui fut rendu par Jacques Chirac, futur président de la république.

Les Mentalités

Les Layracois plutôt réservés sont affables et accueillants. Ils se livrent prudemment et toujours prêts à apporter leur aide, à se soucier de leurs voisins tout en faisant preuve de délicatesse afin de ne pas blesser.

Ils aiment leur village soucieux du maintien de sa ruralité, craignant une expansion incontrôlée, une raréfaction des terres agricoles dont les champs et les prairies sont un écrin multicolore qui ne saurait se réduire.

Des berges du Tarn où les lavandières, les pêcheurs au filet ou encore les gabares qui transportent les vins de Gaillac , charbons de terre, pastel et remontaient de Bordeaux les bois et produits exotiques ont disparu, des coteaux où les forêts giboyeuses du Moyen Age ont laissé place aux cultures, il persiste un esprit de proximité en communion avec une nature préservée.

Mais Layrac c'est aussi une dynamique sous l'impulsion des diverses associations festives, protectrices de la nature ou gourmandes (œnologie), sportives, les randonnées ont remplacé le volley ball qui marque la volonté du ''Vivre ensemble'' en préservant l'intimité de chacun

Invitation

Sous l'impulsion de la nouvelle municipalité, a été exprimée l'idée de créer un blog relatant l'histoire de notre village. Mais d'autres rubriques pourraient s'y agréger. Je pense à l'étude des écosystèmes de la flore et de la faune notamment ornithologique, à l'agriculture et de ses changements, à mon arrivée en 1987 les champs de tabac couvraient la plaine répandant une odeur plutôt suave, les industries, métiers et artisanats d'antan, la biscuiterie de Jean-Pierre Alvarez, des souvenirs sur les commerces d'autrefois.

Mais aussi l'art culinaire, les exploits de chasse et de pêche.

L'instruction de l'instituteur de Senseby (1883) joindre l'article sur la fin de l'instruction primaire à Madame Bonnet et la rubrique du poète, langue d'oc ou français, chants, comptines et musiques et combien d'autres pour partager connaissances et passions.

 Remerciements

Senseby, cet instituteur, ancien hussard noir de la République enseignait lecture, écriture et calcul mais aussi la morale civique, l'amour de la patrie qui nécessitaient la connaissances de ce petit coin de terre. Il fut le premier biographe.

Madame Luga a compilé les recherches d'un prêtre chanoine et s'est intéressée à Saint Sernin, au castrum primitif, à la bastide nouvelle et aux productions agricoles.

Madame Lagarde a retrouvé l'acte d'accusation du prêtre Viguier et son neveu.

Le Père Christian Teyssère est l'auteur d'un ouvrage sur les églises du villemurois et de recherches approfondies tant dans les archives départementales de la Haute-Garonne que dans celles diocésaines de Montauban: Layrac 1322-1790 et de Toulouse.

R.M